Interview avec le Président de BG Brasil

A la tête de BG Brasil, qui compte produire plus de 500 000 barils de pétrole par jour en 2020, Nelson Silva se confronte à un grand défi, celui de gérer les découvertes du Pré-Sal de Lula et Guará, dont le volume estimé a doublé, en montant une bonne équipe locale. Lors d’un entretien concédé depuis le nouveau siège du groupe, le directeur évoque les nouveaux investissements, sa participation à la 11ème série de mises aux enchères de l’ANP et les évolutions du marché du gaz. Selon lui, le Brésil sera le marché le plus important pour BG dans les années à venir, et représentera en 2020 un tiers de la production totale du groupe, qui s’étend sur 25 pays.

Quel est le poids aujourd’hui de BG Brasil au sein du groupe, et au sein de son activité en Amérique Latine ?

Le groupe BG produit environ 600 000 bep par jour, dont 75% de gaz et 25% de pétrole. Au Brésil, une nouvelle plateforme a été mise en production en octobre, mais nous ne produisons du pétrole commercialisable que depuis le 1er janvier de cette année, grâce à la plateforme FPSO Cidade de Angra dos Reis. Nous ne disposons aujourd’hui que de 25% de la production de ce puits, qui produit 28 000 barils par jour. Ce chiffre est largement inférieur aux capacités futures de la compagnie. Nous projetons en effet de produire 500 000 bep par jour en 2020, grâce aux 13 FPSO déjà annoncées, dans le cadre de l’exploitation du Pré-Sal du bassin de Santos. Une est déjà installée, deux sont commandées, deux en cours de construction, et les 8 autres, en projet, seront construites au Brésil.

Etes-vous satisfaits des 750 000 dollars par jour offerts pour la FPSO Guará Norte ?

Je dirai que c’est un bon début.

Quelle part représenteront les 550 000 bep journaliers produits au Brésil au sein de la production totale de BG?

La production totale du groupe va également augmenter, mais nous prévoyons qu’en 2020, lorsque ce chiffre sera atteint, la production brésilienne représentera un tiers de notre production totale, réalisée dans 25 pays différents. Nos trois grandes aires de développement sont en effet le Brésil, l’Australie et les Etats-Unis. Le Brésil occupe à ce titre une position unique au sein de notre stratégie, puisqu’il offre les plus grandes perspectives de croissance.

Quelle part de vos investissements réservez-vous au Brésil ?

La revue à la baisse par Petrobras de ses investissements, et celle à la hausse de la productivité de ses puits sont pour nous de bonnes nouvelles. Certains puits, celui de Guará par exemple, ont un potentiel de production allant jusqu’à 50 000 barils par jour, ce qui dépasse nos attentes initiales. D’ici la fin de l’année, 3 puits seront connectés au sein du projet pilote de Tupi. Les investissements de BG devraient se situer autour de 30 milliards de dollars jusqu’en 2020, mais il est clair que notre objectif sera de produire toujours plus en dépensant moins.

Quel est votre rythme d’investissement annuel au Brésil ?

Nous investissons déjà plus d’un milliard de dollars par an ici. Et ce volume va s’accroître, puisqu’avec un objectif de 30 milliards en 10 ans, nous atteindrons une moyenne de 3 milliards par an, rythme que nous n’avons pas encore. Dans 3 ou 4 ans, nous dépasserons donc cette moyenne, car notre programme d’investissements va s’intensifier d’années en années, et ce dès aujourd’hui. Et nous comptons bien atteindre notre objectif en 2020.

Etes-vous bien sûr que ce chiffre concerne uniquement le Pré-Sal, et n’inclut pas le Comgás ?

Parfaitement. Nous avons investi entre 300 et 350 millions de dollars par an pour le Comgás, où la part de BG est de 60%. Les 30 milliards de dollars dont je vous parle concernent tout le département d’E&P (Exploitation et Production), sans compter les éventuels investissements additionnels réalisés dans le cadre des nouvelles mises aux enchères de l’ANP. Les 30 milliards concernent uniquement les blocs que nous possédons déjà. En effet, si d’autres opportunités de croissance se présentent, BG y répondra.

Peut-on envisager des volumes d’investissements supérieurs pour l’après 2020 dans le cadre du développement du Pré-Sal, sachant que jusque-là, presque tout a déjà été commandé ?

Tout a déjà été commandé, oui, mais l’argent n’a pas encore été déboursé. Nous sommes réellement engagés pour la construction de 3 FPSO, ce qui est déjà énorme. Mais les dépenses vont s’échelonner : le contrat est signé, la construction commence, et les dépenses se font au fur et à mesure. La première coque de FPSO va par exemple entrer en construction début 2012, et les dépenses commenceront à ce moment-là.

Vous me dites donc que ces 30 milliards de dollars ne sont qu’un début ?

Nous n’allons pas nous arrêter en 2020, en effet. Mais la grande partie des investissements sera réalisée dans les dix prochaines années. Puis viendra une période pendant laquelle tous les équipements seront livrés. Les investissements continueront, et nous dépasserons ainsi les 30 milliards, mais le pic sera atteint avant 2020. Cependant, ces prévisions s’inscrivent au sein des perspectives que nous avons aujourd’hui, en termes de puits, de FPSO, et de nos estimations de productivité. Il se peut donc que ces chiffres soient revus à la hausse, si nous rencontrons de nouvelles surprises positives. Je vous livre les chiffres dont nous disposons aujourd’hui.

Pour ce qui est de nouveaux investissements, quels sont les zones qui intéressent BG au Brésil ?

Nous nous intéressons à plusieurs zones annoncées dans la 11ème série de mises aux enchères de l’ANP. Mais nous sommes encore en phase d’étude et de négociations, alors je n’entrerai pas plus dans le sujet.

Vous vous intéressez donc à des zones dites de « nouvelle frontière » ?

Nous nous impliquerons dans cette 11ème série, cela est certain, mais nous ne nous présenterons peut-être pas pour toutes les zones. Nous voulons agir en tant qu’opérateurs au Brésil, cela est essentiel, et représente un objectif fort pour nous.

La mise en place de contrats de partition fait-elle partie de vos plans ?

Nous opérons déjà dans plusieurs pays où le système de partition est en vigueur, cela n’est donc pas un frein pour nous. Cependant, nous ne connaissons pas encore les conditions commerciales et contractuelles existantes au Brésil. Dans tous les cas, cela ne nous arrêtera pas.

Votre partenariat avec Petrobras vous aide-t-il pour de futurs contrats de partition ?

Nos relations avec Petrobras sont excellentes, et se renforcent de jour en jour. Cela fait déjà 10 ans que nous travaillons ensemble, depuis la 2ème série de mises aux enchères de l’ANP. Et nous prévoyons de travailler ensemble pendant 30 ans encore, durée qui pourra être prolongée par d’autres accords commerciaux. Notre horizon commun s’inscrit sur 40 ans, et même plus encore : nous sommes plus que mariés ! Ceci nous sert alors de base pour de nouveaux partenariats, que ce soit dans le cadre de la marge équatoriale ou du Pré-Sal. Et je pense que nous avons intérêt, et envie, d’étendre cette collaboration à d’autres territoires, ce que nous ferons si nous en avons l’opportunité. Le temps nous le dira.

Le Pré-Sal va modifier le profil de BG, jusqu’alors une entreprise de gaz. Est-il possible que vous vous présentiez sur des zones pétrolières lors de cette 11ème série de mises aux enchères ?

BG est une grande compagnie gazière, et compte le rester. Mais vous avez raison de dire que notre mix va être modifié par nos activités au Brésil, même s’il faut se rappeler que nous nous développons aussi aux Etats-Unis et en Australie, grands pays gaziers. Notre mix de production va donc se modifier quelque peu, mais je ne sais pas si nous arriverons à un rapport 50% gaz – 50% pétrole. Nous répondrons à cette question avec le temps, en fonction de nos découvertes. BG est implanté depuis longtemps au Brésil aux côtés de Petrobras, et nous connaissons bien la géologie locale. Nous avons donc une position privilégiée pour répondre aux nouvelles enchères. Notre implication actuelle au sein du Pré-Sal, qui regorge de plus de pétrole que de gaz, n’est pas pénalisante, et le gaz reste un de nos premiers objectifs. Mais nous pouvons toujours être surpris et découvrir également du pétrole, comme c’est le cas dans le Pré-Sal.

BG a abandonné ses projets dans le bassin de San Francisco, prétextant que l’exploitation on shore n’est plus dans ses objectifs. Allez-vous donc vous détourner des zones de production on shore au Brésil également ?

Non. Nous allons là où nous avons les plus grandes chances de réussir, et cela peut être on shore également. Ces dernières années, nous avons la chance d’accéder à une large banque de données dans le cadre de notre activité exploratoire avec Petrobras, données qui concernent notamment le Pré-Sal. Nous possédons ainsi une large connaissance de la géologie brésilienne, qu’elle soit on shore ou offshore, et nous nous engagerons là où nous identifions les plus grandes chances de réussite.

Ceci signifie donc que vous considérez que le potentiel de San Francisco n’est pas suffisant ?

Non … Pour être honnête, nous avons choisi de nous engager en priorité dans une région où nous pensons que les opportunités de développement et de profits sont les plus grandes.

Comment envisagez-vous les investissements de BG en transport, liquéfaction et infrastructures dans les prochaines années ?

L’infrastructure brésilienne est aujourd’hui celle de Petrobras. Nous investissons aujourd’hui sous forme de consortium, comme c’est le cas du gazoduc entre Lula et Mexilhão, mais les infrastructures appartiennent en fin de compte à Petrobras. D’autres gazoducs pourront être construits en consortium, comme celui de Tupi-Cabiúnas qui est à l’étude, mais nous analysons également la possibilité du GNL embarqué comme alternative logistique d’acheminement de la production. Le cas du pétrole est différent, et la logistique est facilitée d’un point de vue physique, puisque la compagnie a toute la liberté de suivre le produit jusqu’au client, en faisant son propre marketing.

Mais c’est un travail agréable …

Oui (rires). Le gaz doit être réinjecté, ou liquéfié, ou transporté par pipelines, utilisant l’infrastructure existante. Notre futur dans le gaz est donc également lié à Petrobras. Rien n’est décidé encore, mais nous envisageons de poursuivre ce partenariat pour la logistique du gaz également. Mais nous ne pouvons rien anticipé, parce que nous ne connaissons pas encore toutes les solutions logistiques. Tout ce que nous savons, c’est que le gazoduc Lula-Mexilhão-Caraguatatuba répondra à la demande des 3 FPSO. Pour les FPSO à venir à partir de 2013, nous devons encore étudier la question, et il est probable que le gaz soit transporté vers Cabiúnas. De nombreuses questions se posent alors : y aura-t-il un second gazoduc ou le gaz sera-t-il transporté par navires ? Le gaz sera-t-il liquéfié ? Sera-t-il destine au marché brésilien ? Le degré de liberté individuel que nous avons pour le pétrole est largement supérieur à celui dont nous disposons pour le gaz, ce qui explique pourquoi nous recherchons des partenaires pour répondre à ces questions.

Dans tous les cas, il va falloir implanter de nouveaux gazoducs et systèmes de liquéfaction dans le cadre du Pré-Sal.

La construction ou non de la plateforme floating LNG est une des questions auxquelles nous devons répondre. Pour une question de temps, nous choisirons probablement l’option du gazoduc. Mais après, nous devrons choisir entre une floating LNG ou un second gazoduc. Et je n’ai pas encore de réponse aujourd’hui sur la seconde méthode d’acheminement que nous choisirons. Sans que cela soit définitif, nous pensons qu’une solution de liquéfaction devra être installée au sein du système de production. Nous ne savons pas encore si elle sera sur terre ou en mer, mais il me semble que nous aurons nécessairement à un moment ou un autre, à stocker du gaz sous forme liquide.

Le fait de disposer du marché du Comgás représente-t-il une sécurité pour vous ?

C’est vrai, nous avons le Comgás, mais le marché brésilien, qui dispose d’un parc électrique hydraulique important, est un marché cyclique. Et la demande en gaz varie donc en fonction des réserves, ce qui pose une nouvelle question : comment agir face à ces oscillations du marché ? C’est une des grandes questions auxquelles j’aimerais trouver une réponse. Et c’est aussi, en plus des questions d’infrastructures et de l’existence du Comgás, une des raisons pour laquelle nous envisageons de prolonger notre partenariat avec Petrobras dans le secteur du gaz.

Mais le Comgás est une réussite de BG, n’est-ce pas ? Imaginez ce que cela serait pour Petrobras de perdre l’approvisionnement du Comgás …

Vous avez raison, et le Comgás est aussi un contrat sur le long terme, nous n’avons donc pas peur de perdre ce marché. Cependant, tous ces éléments forment une équation complexe. Oui, le Comgás est un marché important, mais qui pose aussi de nombreuses questions, et qui engagent des milliards de dollars. Par exemple, si je choisis la floating LNG, une unité grande, complexe et très chère, comment dois-je gérer les oscillations de la demande ? Comment gérer cela en parallèle des gazoducs et des autres investissements à faire, pour le traitement du gaz par exemple ? Quel volume de gaz sera disponible quand je connaitrai les caractéristiques d’injection de pétrole et de gaz de nos réserves, qui augmenteront notre productivité ? Ce sont des éléments variables et importants pour résoudre l’équation, et aujourd’hui, nous ne les connaissons pas. En vérité, nous ne connaissons même pas les volumes de gaz disponibles. Tout cela nous rapproche inévitablement de Petrobras.

Aucune solution ne se dégage donc ?

Tout cela est à l’étude, mais tout est lié. Le pétrole peut être transporté par bateau, point final. Le gaz non. Il passe par Petrobras, puis nous devons assurer la redistribution, tout est interconnecté. Dès l’entrée en ville, le gaz s’inscrit dans le Comgás mais avant, il est sur le réseau national. Un gazoduc va jusqu’à Mexilhão et à partir de là, l’infrastructure de traitement est à Petrobras.

Des investisseurs du secteur thermoélectrique intéressés dans le gaz peuvent-il travailler avec BG, ou cela est-il fait en partenariat avec Petrobras ? Des négociations directes sont-elles possibles ?

Tout comme Petrobras, nous sommes sollicités par d’éventuels acheteurs de gaz. Mais personne ne sait encore quels sont les volumes disponibles, ni où, ni comment. Nous en sommes encore à une phase d’analyse de la disponibilité et de la logistique à mettre en place pour le transport jusqu’au marché. Plusieurs entreprises sont intéressées, mais pour l’instant, nous ne pouvons que les écouter, noter et analyser leurs intérêts. Nous ne pouvons prendre aucun engagement en dehors du Comgás, tout cela est encore trop prématuré.

Mais la décision doit être prise rapidement, pour que les entreprises puissent présenter leurs propositions commerciales pour le GNL embarqué.

Nous prendrons probablement notre décision entre le troisième et le quatrième trimestre de 2011, au plus à la fin de l’année. Mais nous allons recevoir les conditions commerciales avant.

Comment BG va-t-il s’organiser pour commercialiser le pétrole du Pré-Sal, activité plutôt nouvelle pour le groupe ?

C’est une question très intéressante, puisqu’elle va modifier la façon d’opérer de la compagnie. Sur ce secteur, nous serons effectivement opérateurs. Nous ne le sommes pas encore en amont, mais en passe de le devenir en aval, pour le transport et la distribution du pétrole. Nous possédons un premier navire au Brésil, le Windsor Knutsen. Celui-ci est aujourd’hui sous-affrété par Petrobras, et nous revient en juillet, lorsque nous réaliserons notre première livraison de pétrole. Jusqu’alors, nous vendions directement notre pétrole à Petrobras, mais aujourd’hui, nous allons passer opérateurs de cette partie de la chaine.

Quelle est la capacité de ce navire ?

Il peut transporter un million de barils, c’est le plus gros navire DP du monde. Il vient d’arriver de Pologne. Nous ne savons pas encore quelle sera la destination de cette première cargaison.

Comment cela va-t-il se structurer ?

Le département marketing de BG se situe à Houston, et nous venons d’engager une personne très expérimentée pour gérer toute la partie commercialisation de pétrole au sein de notre nouvelle structure brésilienne. Une petite équipe directement au Brésil sur ces questions, mais le processus restera centralisé à Houston. Tout ceci va se développer à partir de cette première livraison, qui représente une étape importante pour nous, puisque c’est la première fois que BG va commercialiser son pétrole au Brésil. Et ce secteur va devenir essentiel, puisque nous produirons plus de 550 000 bep par jour en 2020. Nous possèderons alors plusieurs navires DP, et nous sommes actuellement en train de mettre en place un appel d’offres international pour utiliser en charter d’autres navires, en prévision des besoins de 2020. Nous avons des besoins croissants, et nous utiliserons toujours ces navires entre les plateformes et les stations de transfert, offshore ou on shore. Nous intégrerons peut être un jour quelques-unes de ses installations.

Par le biais de nouveaux investissements ?

La décision d’investir est toujours économique. Comme ces ports servent également à d’autres activités, des investissements de BG me semblent peu probables. Un accord de location de ses installations, sur le long terme, est plus envisageable. Mais nous verrons cela dans le futur, puisque le port en question n’existe pas encore.

En 2020, quelle sera la flotte de navires de BG ?

Cela dépendra de notre production, mais nous possèderons environ 5 navires. Comme je le disais, nous possédons déjà un navire DP, et 4 en cours d’appels d’offres. Bien sûr, si la production est plus importante que prévue, nous pourrons mettre plus de navires en opération. Quoiqu’il arrive, nous aurons une base permanente d’au moins 5 navires.

Les volumes de gaz du Pré-Sal rendent inévitable la construction d’une UPGN, n’est-ce pas ? Existe-t-il un calendrier prévisionnel pour un tel projet ?

Dès que nous commencerons à stocker plus de gaz, nous aurons besoin d’une station de traitement, c’est certain. Aucune date n’est prévue pour cela, mais le gaz produit par les 3 premières FPSO sera transporté par le gazoduc et sera traité à Caraguatatuba. Nous avons donc le temps de répondre à cette question, et nous y répondrons en 2014 ou 2015, même si nous y réfléchissons déjà sérieusement. Cela fait d’ailleurs partie de nos discussions avec Petrobras. Nous devrons forcément posséder une unité de traitement, seul ou en partenariat. Ces questions d’infrastructures du gaz sont celles qui nous prennent le plus de temps.

BG sera, en 2020, le deuxième plus grand producteur de pétrole du pays ?

Oui, avec grande fierté. Même si d’autres se voient deuxième à notre place, nous le serons dans les faits, et je suis sûr de cela.

Réussirez à maintenir cette position ?

Clairement, oui. BG va devenir le second producteur de pétrole du Brésil sur le long terme. Peut-être même aurons-nous des surprises ? Nos premières estimations étaient de 400 000 bep par jour, et sont maintenant de 550 000. Les nouvelles se confirment, et restent positives. Ce sera dans tous les cas plus de 550 000, certainement pas moins.

Les découvertes du Pré-Sal ont-elles été une surprise ?

En y réfléchissant bien, le Brésil était totalement différent en 1999. Il a connu une crise terrible, le real a connu une maxi-dévalorisation en janvier 2000. Et BG était déjà présente, participant à la privatisation du Comgás, présente depuis longtemps en Argentine et entrant dans ces blocs aux côtés de Petrobras. Le premier puits a duré 400 jours. D’autres ont renoncé dans d’autres blocs. BG, avec Petrobras et d’autres partenaires, a persévéré, avec une foi inébranlable. De là, nous pouvons dire que BG a assumé les risques pris au Brésil, et s’est engagé jusqu’au bout. Nous sommes l’entreprise qui a le plus augmenté les réserves connues dans le monde sur un espace de temps réduit. Et je ne pense pas que ce soit un hasard, il faut avoir le goût du risque. BG est venu, a pris le pari, et a tiré dans le mille.

La question de la main d’œuvre vous préoccupe-t-elle ?

Oui, beaucoup. Et je pense que c’est une question qui préoccupe n’importe quelle entreprise opérant au Brésil, quel que soit son secteur. Il est clair que la chaine productive du pétrole et du gaz entre en surchauffe. Nous voyons cela sur nos chantiers, où les besoins en termes de soudeurs, d’électriciens, de mécaniques, d’employés qualifiés de gestion, d’analyse, de production, sont criants. L’industrie pétrolière est loin d’être jeune au Brésil, et Petrobras, qui embauche 3 à 4 000 personnes par an, concourt sur le même marché du travail. Toutes les autres entreprises embauchent également avec la même intensité. Et qu’avons-nous fait pour mitiger le risque de pénurie de main d’œuvre ? Nous sommes en train d’intégrer entre 10 et 15 diplômés brésiliens pour faire leur post-graduation chez BG, les formant académiquement et opérationnellement à l’étranger pour les faire revenir au Brésil. Et cela fait 3 ans que nous le faisons. Nous allons investir 1,5 milliards de dollars d’ici 2015 dans notre Centre Technologique Mondial. Et si le prix du pétrole continue d’augmenter dans les prochaines années, ces investissements seront revus à la hausse. La moitié sera investie dans des universités avec lesquelles nous créons des partenariats. L’autre moitié sera destinée à d’autres entités brésiliennes partenaires. D’autres investissements, pour le développement durable, la technologie ou le développement social seront réalisés, tous centrés autour de l’éducation.

L’éducation est-t-elle le mot clé pour faire face à cette difficulté ?

L’éducation est un thème central pour BG. Technologie et éducation, centre technologique dédié à l’éducation. Et il ne s’agit pas seulement d’une formation de post-graduation ou de cours d’ingénierie pétrolière, mais de toute la chaine de l’éducation. Nos programmes vont s’étendre du primaire à la post-graduation en passant par le secondaire et le supérieur. Nous travaillons en collaboration avec la Faetec, la Sesi ou d’autres centres de formation à proximité, dans des régions proches de Caju, à Angra dos Reis, Pernambuco, Suape ou Rio Grande do Sul, et indépendamment des intérêts directs de BG. Le fait de ne pas avoir de plateformes en construction sur l’Atlântico Sul ne veut pas dire que nous ne devons pas investir pour la formation de la main d’œuvre à Suape. Tout est lié. En tant qu’entreprise agissant au Brésil, vous devons participer à la compétitivité du pays comme base internationale, et nous n’avons pas intérêt à ce qu’il soit moins compétitif que la Corée du Sud par exemple.

Votre centre de recherche sera-t-il également un centre de formation ?

Nous aurons en effet un hub de formation. Nous voulons poursuivre notre travail de post-graduation. Nous ne ferons pas de la recherche dans le centre, ce sera plutôt un centre de gestion des investissements de R&D, en relation avec les universités et les instituts de recherche du Brésil. Ce sera une mini-université de BG, avec des chercheurs, des étudiants, des professeurs. L’incitation doit venir d’en bas, de l’éducation, du développement technologique.

La problématique de la sécurité sur le terrain est de plus en plus centrale, surtout avec l’accident de Macondo. Le fait que deux installations du Pré-Sal aient rencontré des problèmes ne vous inquiète-t-il pas ?

Nous travaillons en lien avec Petrobras sur tous nos investissements, afin de nous assurer que les technologies utilisées entrent dans les normes internationales de BG, normes qui garantissent la sécurité des équipements. Le travail d’ingénierie, les propositions faites, les choix technologiques, tout est fait en accord avec Petrobras, pour que BG mette également à contribution ses connaissances du secteur du gaz. L’aspect sécuritaire est le premier à entrer en ligne de compte, quelques soient les décisions à prendre. Petrobras fait appel à ses partenaires pour prendre ses décisions techniques, afin d’assurer un consensus général. Nous accompagnons toutes les phases des projets, nous avons accès à toutes les informations, pour être surs de ce que nous faisons.

Comment avancent les opérations du bloc BM-S-52, unique aire opérée par BG et où les réserves Corcovado ont été découvertes ?

Nous sommes en train d’analyser les données.

En ce qui concerne la distribution du gaz par canalisations, avez-vous intérêt à augmenter votre marché en dehors du Comgás ?

Je ne peux répondre à cette question. Une entreprise étudie le marché avant de faire un investissement. Le Comgás opère aujourd’hui 27% du PIB industriel brésilien. Aucun autre marché similaire n’existe au Brésil. Aucun autre marché n’est si attractif sur le même segment. Je ne mets rien de côté, mais les analyses économiques quant à un nouvel investissement se rapporteront toujours à cet élément de comparaison.

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