Interview Almir Barbassa « Petrobras sera épargnée par la crise »

La semaine dernière, Almir Barbassa, directeur financier de Petrobras, venait de recevoir les responsables des compagnies pétrolières canadiennes Cenovus Energy et GranTierra, lorsqu´il a accordé son interview au Valor. Peu de temps avant, il avait également reçu un e-mail d´un dirigeant d´un fonds d´investissements qu´il avait rencontré aux Etats Unis deux semaines auparavant. Ce dernier voulait connaître les opportunités d´affaires au Brésil.

Responsable de la gestion d’une trésorerie d’environ 35 milliards de US$ à la fin juin (pour une entreprise dont les recettes annuelles de vente sont supérieures au PIB de nombreux pays), Barbassa se trouve en effet dans une position privilégiée pour mesurer les intérêts des investisseurs, au sein de Petrobras et dans tout le Brésil

C’est sans doute pour cela que Barbassa peut se permettre d´avancer que, contrairement à ce que beaucoup affirment, lui ne perçoit aucun signe de la crise. « Et cela n´est seulement pas dû au fait que le tumulte financier auquel nous assistons aujourd´hui affecte plus lourdement les marchés « centraux », » a-t-il déclaré avant d´ajouter que Petrobras bénéficie d´un avantage de taille puisque  son produit devient de plus en plus rare.  

Cette turbulence qui atteint les marchés mondiaux survient au moment où Petrobras rend public un ambitieux plan d’investissements de 224 milliards de US$ prévu jusqu’en 2015, un programme qui lui permettra de doubler sa production d´ici 2020. En seulement 9 ans la compagnie produira donc l’équivalent de ce qu’elle a mis 53 ans à produire depuis sa création.

Cette constance de la trésorerie de Petrobras rassure l’ensemble de la chaîne des fournisseurs qui vivent au rythme des commandes passées par la compagnie.

« Si ses fournisseurs continuent à travailler pour elle et que l’entreprise ne réduit pas ses investissements, je ne vois pas comment la crise pourrait affecter Petrobras », c´est ce qu´a déclaré Barbassa pour répondre aux questions posées sur les effets d’une éventuelle réduction des liquidités sur les marchés.

Au cours des six premiers mois de l’année, la compagnie a investi 32 milliards de R$. Il  manque encore 52,7 milliards de R$ pour compléter le budget d’investissements de 2011.

Si dans un sens, ce frein aux dépenses vient à satisfaire les investisseurs et les analystes,  il pourrait se traduire par un retard sur la production de pétrole, d´où provient l´argent. D´autres pensent également que la crise pourrait contrecarrer les prévisions de vente d´actifs et la volonté de la compagnie de se défaire de capitaux, des décisions qui devraient permettre d´augmenter la trésorerie de 14 milliards de US$ dans les deux prochaines années. Barbassa a par ailleurs indiqué, avec le calme qui le caractérise, que lui ne voit pas toutes ses difficultés.

 « La crise prendra fin dans combien de temps? Deux ou quatre ans? Nous allons commencer à produire du pétrole avec les investissements faits aujourd’hui d´ici cinq ans. Tout cela échappe donc à la crise » a-t-il déclaré. « Nous jouons sur le long terme. Les fournisseurs se disputent la place aux cotés de Petrobras et ils viennent eux-mêmes installer leurs usines au Brésil ».

« Le problème est que lorsque ça gronde dehors, les personnes, même celles qui sont épargnées, deviennent méfiantes. Alors que les temps sont rudes aux Etats Unis, en Europe, et au Japon, la situation est au beau fixe au Brésil, en Chine et en Inde. Mais même ainsi, les investisseurs commencent à douter. Ils pensent en effet qu´il n´est pas raisonnable de se reposer sur le Brésil, qui finalement est un pays qui n´exporte que des matières premières. Même réserve pour la Chine, qui pourrait connaître un ralentissement de son économie en conséquence de la situation aux Etats Unis. Et les investisseurs craignent également que la Chine ne déteignent sur le Brésil », explique Barbassa.

La compagnie, qui vient d’annoncer un profit net de 10,9 milliards de R$ pour le second trimestre en a surpris plus d´un en rendant public un budget d´investissement qui a satisfait la plupart des analystes de banques. Cette annonce a été un moment de répit pour  l´entreprise qui doit faire face au retard dans la livraison des rigs pour le forage de nouveaux puits dans le Pré-sal. Ces activités de forage sont en effet essentielles pour augmenter la production qui, au premier semestre a été en dessous des attentes, à cause de l’arrêt des plateformes.

Au cours du premier semestre, la production moyenne atteint en effet difficilement les  2,040 millions de barils par jour, alors que l’objectif annuel est de parvenir à une moyenne de 2,1 millions de barils par jour. Et ce n´est pas tout puisque Petrobras doit également faire face à une hausse des coûts qui contrarie les analystes qui accompagnent la compagnie.

Dans un rapport récemment rendu public, Emerson Leite, du Crédit Suisse a attiré l’attention sur l’augmentation de 21% sur les coûts du raffinage, de 15% sur les coûts d´extraction (avant charges et impôts), de 9% sur les coûts administratifs et de 5% sur les dépenses générales.

Au BTG Pactual, l’analyste Gustavo Gattass voit d´un mauvais œil ces augmentations des coûts, mais il indique cependant qu’elles n’entachent pas directement les résultats. Il rappelle également que la compagnie a réduit de 9% ses investissements en raffinage.

D’après Barbassa, ce sont là des obstacles naturels qui accompagnent toutes les activités de croissance. Il rappelle à ce titre que l’entreprise a passé plusieurs années sans recruter et qu’elle propose maintenant un important programme de formation pour les nouveaux employés qui fréquentent l’Université Petrobras.

« De nombreux arrêts des plateformes ont eu lieu durant ce semestre, suite à des interdictions. Ces décisions ont entraîné une anticipation sur les arrêts programmés pour la réalisation d´opérations de révisions et d´entretien sur les unités de production. Cela augmente alors le coût moyen de la production », affirme-t-il. « L’objectif de production n’a pas non plus été atteint, faute de croître comme nous l’espérions, ce qui n’aide en rien. Mais maintenant les plateformes sont de nouveau en opération et on attend une baisse des coûts d´ici peu ».

Gattas, du BGT Pactual, estime que Petrobras brille par son potentiel de croissance à long terme, par son exposition au prix du pétrole et par l’évidente rentabilité des champs du Pré-sal. Cette considération réjoui le directeur financier qui montre une évolution de la production sur les 30 dernières années, selon une moyenne de 10% par an.  

« Nous entrons désormais dans le Pré-Sal, qui va permettre un effet de levier rapide. La productivité prévue est exceptionnelle et les champs sont gigantesques. Certains pensent encore qu’il s’agit d’un coup de publicité de notre part. Mais c’est pourtant bien vrai. »

Valor Econômico.

Crédit photo: Valor Online

, , , , , ,