Interview avec Eike Batista

Le Brésil est trop grand pour Petrobras qui aurait besoin de concurrents. C´est ce qu´a déclaré Eike Batista, directeur du groupe EBX. Cette provocation prouve avant tout la détermination du milliardaire qui est prêt à concourir avec OGX au 11ème cycle d´appel d´offres de l’Agence Nationale du Pétrole, prévu en novembre prochain. « Nous allons opérer sur des sites qui vont créer la surprise » a-t-il affirmé avec une part de mystère.

[restrict userlevel= »subscriber »]

Concessionnaire de 34 blocs de pétrole et de gaz dont cinq en Colombie, OGX prévoit de lancer la  production du champ de Waimea, dans le Bassin de Santos, en octobre prochain. La FPSO OSX-1, première unité des quatre navires-plateforme importés par l’entreprise, sera présente sur le site. « La production de Petrobras est de 35 US$ le baril ? OGX fera mieux avec 18US$ le baril.  » a affirmé Batista.

Cette estimation a été maintenue, et ce malgré la perte de valeur de marché que le groupe a enregistré ces derniers jours. Lundi dernier, OGX a en effet perdu 5,8 milliards de dollars de valeur de marché à la BM&F Bovespa, à la suite de la dégradation de la note des Etats-Unis et de la crise européenne. Hier les actions semblaient remonter et terminèrent à la hausse avec + 12,61%. Eike Bastista rappelle que EBX est à la tête d´une trésorerie de 10,8 milliards d´US$, dont 5 milliards d´US$ pour OGX. Il prévoit la création d’un Ebitda de 13 milliards de dollars en 2015, alors que la production de pétrole sera de 730 000 barils par jour. D’après lui, ces chiffrent suffisent à discréditer ceux qui avancent que le groupe devrait vendre une partie de la compagnie pétrolière pour financer la production. « OGX n’est pas à vendre ».

Faisant partie des hommes les plus riches au monde, d’après le classement de la revue « Forbes », Eike Batista affirme que la méfiance du marché sur la capacité d´EBX à mener à bien tous ses projets résulte du manque d´information sur l´expérience que le groupe a su se forger dans les mines d´or.   « Entre 1980 et 2000, j’ai construit neuf mines d’or estimées à  20 milliards d´US$ » a-t-il déclaré.

En 2008, le milliardaire a vendu Minas-Rio à l’entreprise minière britannique Anglo Américan  pour un montant de 5,5 milliards d´US$. « J’ai par la suite essayé de racheter l´affaire pour le même montant plus les taux d’intérêts mais Anglo American n’a jamais accepté » a-t-il raconté.  « Cette mine  vaut aujourd’hui 30 milliards d´US$».

La vente d’une partie de MMX, sa filiale minière, a créé un effet de levier pour le développement du projet du Super Port d’Açu, au nord de Rio de Janeiro. Le plus grand complexe industriel portuaire privé d´Amérique, actuellement en construction, a gagné en crédibilité avec la présence des unités de sidérurgies Wisco (chinoise) et Techint (argentine). L’acier est essentiel pour permettre à Batista de construire son projet « Embraer dos mares », surnom qu´il donne au chantier d´OSX (l’Embraer de ma Mer). Au cours des dix prochaines années, l’objectif est d’attirer 40 milliards de d´US$ en apports extérieurs. « Açu est un pôle industriel important qui va fabriquer des produits à forte valeur ajoutée, tels que les composants pour l’industrie offshore », affirme Batista.

Le marché vous voit comme un habile ingénieur financier, mais il a moins confiance en Eike l´entrepreneur. Comment appréhendez-vous cette méfiance?

Cela est dû au fait que je ne me suis jamais beaucoup exprimé sur mon parcours jusqu’en 2000. J’ai construis neuf mines d’or entre 1980 et 2000. Je me suis développé en dehors du Brésil, avec la création d´une mine au Chili, dans le désert d’Atacama, et trois autres mines au Canada, dans le froid de la toundra. Cette période de ma vie et ces réalisations ne sont pas prises en compte par les marchés, il y a comme un vide. J’ai créé des mines qui valent actuellement 20 milliards d´US$ et qui m’ont fait gagner 1 milliard d´US$. Plus de 80% de ces mines sont encore en activité. A l´époque, il fallait travailler une tonne de roche pour seulement un gramme d’or. C’est à ce moment que j’ai créé  un équipement alimenté par rétro caveuse, qui permettait de séparer automatiquement l’or. J’ai failli laisser ma vie et tout mon argent à Alta Floresta dans le Mato Grosso. Mais à partir du moment où mon système a commencé à fonctionner, j´ai gagné 1 million d´US$ par mois. Je n’ai jamais parlé de ça, vous savez pourquoi? Parce qu’on m’avait dit que si je parlais d’or, on me séquestrerait.

EBX se borne aux secteurs de l’industrie fossile, comme le charbon, les mines, le pétrole…

Ce sont des ressources anciennes, certes, mais nous en avons besoin. Notre chantier sera plus moderne encore que celui de Hyundai (partenaire d’OSX) en Corée du Sud. Dire que je ne suis pas à la pointe de la technologie n’est pas vrai. Je ne construis pas des puces, mais je suis en train de construire un avion qui volera sur la mer (cf : les navires-plateformes d’OSX). Il s’agira là de construire un géant des mers. Ce qui a de plus étonnant, et nous, brésiliens, devons en être fiers, c’est que nous avons acheté tout le savoir-faire des sud-coréens par le biais de transferts de technologie. A ce titre, nous sommes en train de créer l’Institut Technologique Naval (ITN), qui permettra d´intégrer ce savoir faire au patrimoine brésilien. C´est pour cette raison, que je surnomme le chantier d´OSX  « Embraer dos mares ». Au début, nous devions installer le chantier naval dans l´état de Santa Catarina mais nous avons finalement opté pour Rio de Janeiro (dans le Port d’Açu, à Sao João da Barra). Nous avons eu beaucoup de chance, c´est certain, mais nous avons toujours fait preuve de patience pour ne pas faire les choses dans la précipitation. Ces compétences nous ont permis de construire aujourd´hui un chantier naval dans l´état le plus en vogue du moment. Mais nous devons garder à l´esprit que deux autres entreprises auraient pu en faire de même…

Petrobras et Vale?

Exactement. Le président Lula a commencé quelque chose sans même imaginer l’ampleur que cela aller prendre aujourd´hui. Si nous avons pu voir les choses en grand, c´est principalement grâce au  contenu local et à la taille de nos commandes, (OGX et OSX). Si vous ajoutez à cela les découvertes de pétrole… Mais les gens ont encore du mal à comprendre que nous sommes sortis du pays pour aller chercher le savoir-faire et ainsi créer un gigantesque pôle. Le chantier d’OSX sera le laboratoire  du Pré-sal.

OSX a insisté pendant plus d’un an pour s’installer à Santa Catarina. Pour quelles raisons?

Une des raisons qui nous a depuis le début poussé vers l´état de Santa Catarina concernait la main d’œuvre qualifiée. Le propriétaire d’une usine de bateaux d’approvisionnement m’a dit que la main d’œuvre là-bas y était meilleure qu’aux Etats-Unis. La région comptait déjà quelques chantiers navals  alors nous nous sommes dit, pourquoi pas là-bas? (le projet a finalement été transféré vers Rio de Janeiro suite à la pression populaire qui craignait l’impact environnemental d´un tel projet). Mais cela n’est pas un problème, surtout lorsque l´on voit la capacité de Rio, qui compte pas moins de 180 000 techniciens formés par le Prominp.

Est-ce qu´OSX va participer aux appels d’offres pour la construction des  plateformes de Petrobras?

Oui, mais uniquement si Petrobras le veut. Personne ne pourra nous faire de l´ombre. Nous allons proposer des équipements qui coûteront 30% à 40% moins cher. Pour répondre aux commandes des plateformes, certains ont même crée des chantiers navals virtuels. Mais viendra le moment où ces personnes là ne pourront plus répondre à la demande, et ils viendront nous trouver, même si OSX a été créée pour répondre aux besoins d´EBX.

OGX détient 34 blocs au Brésil et en Colombie. L’entreprise dispose-t-elle du capital suffisant pour les exploiter?

La production dans le champ de Waimea débutera  fin octobre. Elle permettra à OGX de gagner  1 milliard d´US$ en 2012, 3 milliards d´US$ en 2013, 6 milliards en 2014 et plus de 15 milliards en 2015. Lorsque les banques se sont rendu compte de cela, elles ont vite compris qu’il s’agit d’une machine qui génèrera de la trésorerie sur des réserves garanties pour les 40 prochaines années.

Certains analystes pensent que vous allez vendre une partie d’OGX pour financer l’exploration.

Ces gens-là devraient venir discuter avec moi. OGX n’est pas à vendre. Personne au monde ne dispose de 62% d´une entreprise pétrolière de cette taille. Elle jouit d´une capacité de 10 milliards de barils, sans compter le potentiel du Maranhão. Nous avons des blocs on-shore en Colombie, qui ont 1,1 milliards de barils en réserve. Nous avons aussi beaucoup d’actifs qui sont encore inexplorés. Le potentiel est gigantesque et nous allons encore participer au 11ème cycle d´appel d´offres de l’ANP.

Est-ce qu´OGX compte consolider ses activités actuelles ou est ce qu´au contraire vous viser d´avancer sur la côte?

90% des endroits où nous réalisons un forage donnent des résultats positifs. C´est d´ailleurs pour cette raison que les lieux sur lesquels nous comptons nous installer doivent être maintenus secret au risque d´attirer de nombreux concurrents. Seulement 4% des bassins côtiers du Brésil sont actuellement en exploration. Sur ce terrain là le pays est presque vierge. Le Brésil est beaucoup plus grand que ne l’est Petrobras et il aurait besoin de cinq autres entreprises comme celle-ci.

Brasil Econômico

[/restrict]