Interview : Fabio Barbosa – Directeur Financier du groupe BG

Le poids du Brésil dans la stratégie du britannique BG Group peut être évalué par la personnalité qui occupe l’une des principales sales du bureau de l’entreprise au centre de Londres : le brésilien Fabio Barbosa, ex-cadre de Vale, devenu il y a un peu plus d’un an, directeur financier du groupe.

Cela prend tout son sens : on peut se dire que BG est l’entreprise internationale qui tirera le plus de bénéfices du développement du pré-sal dans le pays. Le principal associé de Petrobras, est présent dans 5 domaines et signale qu’il n’a pas l’intention de se séparer de l’un d’eux et qu’il se peut qu’il participe aux prochaines enchères.

Malgré son importance, la stratégie de BG envers le Brésil éveille des doutes depuis ces derniers mois. Tout d’abord, des rumeurs ont surgi à propos de la vente d’actifs pour des entreprises chinoises. La surprise a été la vente de Comgas, achetée dans le processus de privatisation, pour Cosan.

Durant l’interview exclusive faite à Agência Estado, à Londres, Barbosa a appuyé le fait que le Brésil est essentiel dans la stratégie de l’entreprise britannique. Voyons les principaux points de l’interview :

Récemment, des doutes ont fait surface concernant la posture adoptée par BG au Brésil, accompagnés de diverses rumeurs, jusqu’à la vente inattendue de Congas pour Cosan.

Quelle est la position du Brésil dans la stratégie de l’entreprise?

Le Brésil est absolument essentiel dans la stratégie de BG. Le pays est tout simplement, et de loin, le plus grand investissement que l’entreprise va réaliser dans les prochaines années. Le Brésil va représenter près de 45% du total de la production de l’entreprise à la fin de cette décennie. Notre investissement fera en sorte que BG, soit également, de loin le meilleur investisseur étranger au Brésil. Le pays est notre priorité.

De combien exactement sera l’investissement ?

Nous ne donnons pas de chiffres. Je vais mentionner celui donné par le président de notre conseil d’administration l’an passé, qui était de plus de US$ 30 milliards pour les années à venir. L’investissement du centre de technologie mondial qui va être installé au Brésil, est de plus de US$ 2 milliards. Pour vous donner une idée, la vente de Comgas a été de US$ 1,8 milliards. Cela montre que le Brésil ne cesse d’être une priorité pour nous.

Pourquoi l’entreprise Comgas a-t-elle été vendue ?

C’est une stratégie plus générale de sortie du secteur de distribution et d’énergie. Nous avons un programme de vente d’actifs qui contient quelques usines de production d’énergie aux Etats Unis et nous continuons les discussions aux Philippines, mais également en Inde. C’est une grande réorganisation du portfolio pour les domaines qui ont besoin d’une meilleure envergure de capital, que sont l’exploration, la production et le gaz naturel liquéfié.

La priorité est donnée au pré-sal ?

Ce sont les investissements dans le domaine de l’exploitation et de la production et dans nos cinq champs en association avec Petrobras (Lula, Cernambi, Guara, Iara e Carioca). Seulement pour la partie de BG, qui possède environ 27% des champs, la probabilité est que nous ayons près de 6 milliards de barils de pétrole, avec un potentiel de 8 milliards de barils. L’investissement va transformer la production de pétrole au Brésil. BG est en train, avec Petrobras, de rendre valable la duplication de la production de pétrole au Brésil. Aujourd’hui la production nationale est de 2,3 millions barils par jour. Nos cinq domaines dans lesquels BG opère, la capacité de production sera de 2,3 millions barils par jour en 2017. L’investissement va consolider l’image du Brésil comme l’un des plus grands producteurs de pétrole dans le monde.

L’entreprise prétend entrer dans les nouvelles ventes aux enchères du pré-sal ?

Le Brésil fait définitivement partie de notre géographie. Quelque soit l’opportunité qui apparaisse au Brésil nous devons la prendre en considération, avec notre facilité pour une connaissance approfondie de l’environnement des affaires et du secteur.

Comment voyez vous cela ?

Je ne vais pas faire de commentaire sur le prix interne du pétrole parce que nous ne sommes pas dans ce domaine. En relation avec la participation locale, je pense que c’est une attitude très correcte pour chaque gouvernement que de tenter de capitaliser la base de ressources naturelles pour promouvoir un développement qui soit mieux structuré. Je pense que le plan du gouvernement est de transformer le Brésil en un pôle mondialement compétitif pour l’industrie du pétrole et du gaz. C’est un objectif légitime, et l’augmentation des investissements dans le domaine du pré-sal autorise les brésiliens à penser en cette possibilité.

Les rumeurs de la vente d’actifs pour les chinois peuvent se concrétiser?

Cela ne fait pas partie de notre philosophie d’exclure des actifs à prendre en considération. Mais je dirais que le Brésil a été un flux continu de bonnes nouvelles et de résultats positifs, ce qui implique pour nous qu’il représente une valeur importante. Le premier champ, de Tupi (désormais Lula) a été creusé en 2006 et nous avons commencé à produire en 2010. On se souvient, que ce fut une tâche exceptionnelle pour Petrobras, qui s’est avéré être un grand associé. Il est de loin le participant le plus compétent en eaux profondes, doté d’une expérience imbattable.

Et la réalisation d’une offre publique des actions du pays, cela a un sens ?

C’est une façon différente de considérer le même sujet. Ce que nous devons faire, en vérité est chercher une base d’actionistes qui soit diversifiée. Dans la pratique, c’est un travail de fourmi que de montrer que pour qui veut investir dans le pré-sal, BG est la meilleure alternative, également du point de vue des investisseurs brésiliens. Avec la mondialisation il n’est pas très important de savoir où vous êtes inscrits. C’est pour cela qu’il n’est pas nécessaire de marcher en direction d’un IPO.

Il existe déjà un flux d’investisseurs brésiliens pour l’achat d’actions de BG ?

Nous sommes une entreprise avec une présence relativement faible hors du Royaume Unis et des Etats Unis. Une de mes tâches est de chercher à diversifier cette base d’actionnaires. Je viens d’installer une fonction de relations avec des investisseurs de Singapour. Dans le même temps, le président de BG au Brésil, Nelson Silva, a organisé des réunions avec des investisseurs pour que notre entreprise soit mieux connue.

BG a prévu une rupture avec l’euro ?

Dans ce sens, nous ne sommes pas différents d’une autre entreprise qui fait des affaires en Europe. Nous faisons attention à tous les évènements. A l’heure actuelle, la présence de BG en Europe est relativement faible. 80% de notre production se situe hors Europe. A l’avenir, avec la croissance du Brésil, les résultats seront encore moindres. Evidemment, l‘Europe est très importante pour l’économie mondiale et mais elle affecte nos marchés de façon secondaire.

Etes vous préoccupé par la décélération encore plus forte de la Chine ?

Je travaille dans le secteur des ressources naturelles depuis presque 12 ans. Depuis le début j’entends dire que la Chine va arrêter de croitre de cette façon ou qu’elle rencontra certains problèmes. Pour ma part j’ai une vision différente. La Chine n’est pas immunisée contre des problèmes de courts termes, nais elle a une trajectoire similaire à celle des pays asiatiques, qui présentent des taux de croissance stables pour des décennies. La différence à l’heure actuelle est que la Chine présente un impact majeur sur l’économie mondiale. Pour la prochaine décennie, il se peut que l’économie chinoise se concentre sur un autre secteur, sortant du domaine industriel pour celui des services.

Mais est-il encore possible que la Chine croisse de 8% pour les prochaines années ?

Une croissance entre 7 et 8% dans les années à venir est tout à fait raisonnable. N’oublions pas que l’économie chinoise est d’une envergure différente. Nous parlons de 7% d’un géant.

jornal O Estado de S. Paulo

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