Graça Foster impose son style de gouvernance

En adoptant une politique transparente et en reconnaissant les problèmes vécus par Petrobras, la présidente Graça Foster a inversé la donne et récupéré la confiance du marché, en faisant en sorte que les actions de Petrobras se remettent à monter.

La présidente de Petrobras, Graça Foster s’est trouvée, lundi 6 août, face au défi le plus important depuis qu’elle a accédé aux commandes de l’entreprise il y a un peu plus de 6 mois.
Elle a présenté les résultats du bilan du second trimestre de 2012, qui ont surpris tout le monde, même les analystes les plus pessimistes. Les chiffres parlent d’eux même : un déficit d’1,34 Mds de reais, le plus mauvais résultat de l’entreprise depuis 1999. On s’attendait à un bénéfice d’environ 2 Mds de reais, chiffre qui quoiqu’il en soit reste inférieur à ceux des trois premiers mois de cette année. Comment expliquer cette situation ?

La variation des taux de change y est certes pour quelque chose. Cependant, les facteurs structurels liés à l’exploration de pétrole ont participé de ces résultats. L’un de ces facteurs est la reconnaissance de la non rentabilité des 41 réservoirs forés, secs et dans lesquels ont été investis 2,73 Mds reais.

Face à ce scenario, avec le risque d’affecter la carrière de n’importe quel cadre exécutif, Graça en a tiré bénéfice. Au lieu de se barricader dans son bureau, elle a affronté le problème. Il a d’abord fallu organiser la réunion avec les analystes du marché financier, chose inédite dans l’organisation de l’entreprise. Normalement, c’est Almir Barbassa, le Directeur Financier de Petrobras, qui prépare ce type de rencontre.

Le jour suivant elle est allée à São Paulo pour participer à la 13ème Rencontre Internationale de l’Energie, promue par Fiesp. Durant l’événement elle a été félicitée par Eduardo Eugenio Gouvêa Vieira, le Président de la Fédération des Industries de Rio de Janeiro (Firjan), qui a mis en avant sa capacité à communiquer avec le marché.

Ensuite, Graça Foster a dû faire face à une marée de journalistes et de cameramen. Le tout dans la plus grande tranquillité. Graça a fait une présentation optimiste, rappelant les points forts de l’entreprise et les bénéfices qui devraient être tirés de la campagne d’exploration du pré-sal en faveur de l’économie brésilienne. « Pour ce qui est de donner une explication au marché, nous nous justifions à l’aide de chiffres, des points négatifs du bilan et par les actions que nous faisons pour rétablir la situation » a expliqué Graça.

L’attitude de la Présidente a été fructueuse. Les actions préférentielles de l’entreprise, qui lundi 6 août ont chuté à 5,46%, ont clôturé à la séance de la Bourse de Valeurs de São Paulo (Bovespa) à 0,1%. Rapidement après la fin de l’annonce le cours des actions a été inversé. Ces dernières ont fermé jeudi 9 août à 21 reais, cumulant une hausse de 5,42% en moins de trois jours.

Graça a réussi à rendre les investisseurs de meilleure « humeur ». « En adoptant une posture transparente, elle a conquis la confiance des marchés » a expliqué Marcus Sequeira, analyste spécialisé dans le pétrole de la filiale de la Deutsche Bank, à New York. « A partir du moment où Petrobras a revu son plan d’investissement il était clair que Graça accepterait de souligner les éventuels problèmes vécus par l’entreprise ».

Le scénario reste cependant un défi pour l’entreprise ; un colosse qui l’an dernier dévoilait un chiffre d’affaires de 244 Mds reais, un bénéfice de 33 Mds et qui employait 82 mille fonctionnaires.

Au delà des difficultés conjoncturelles, la valorisation du dollar sur le real, contraint Petrobras à faire face à une série de questions structurelles. Les plus urgentes sont celles de la réduction des coûts et la récupération de la capacité productive des réservoirs de pétrole et de gaz du Bassin de Campos, sur le littoral Nord de l’état de Rio de Janeiro.

A elle seule l’exploration des champs de pétrole consomme 35% plus de ressources que sur la période précédente. Pour améliorer cette performance, Petrobras a dépensé 5,1 Mds USD. La chute de 5% de la production, ajoutée à l’augmentation de la demande de pétrole de 16% et de diesel de 5%, permet également d’expliquer le résultat négatif de l’entreprise pétrolière.

Pour approvisionner le marché en pétrole il a fallu importer 170 mille b/j, volume trois fois supérieur à celui du premier trimestre. « Quand le dollar a atteint 2 reais, le signal d’alarme a été tiré dans l’entreprise », a affirmé Graça.
Dans un scénario où le déséquilibre entre le prix du marché domestique et international est de 20%, selon Auro Rozenbaum, analyste de pétrole de Brasdesco Corretora, on ne peut pas s’attendre à des résultats très positifs.

Réajustement:
Si d’un côté le déficit a positionné l’entreprise sur la « ligne de mire », de l’autre, il a permis d’engager les discussions sur le réajustement des prix des combustibles. C’est un des motifs qui explique la décision des investisseurs de se remettre à acheter des actions de Petrobras. « Rien ne dit que la cotation du baril de pétrole va chuter en dessous de 100 USD » a dit Rozenbaum. « Cela ne fait donc pas de doute que Petrobras perd de l’argent ».

La dernière augmentation de prix dans les stations service date de septembre 2005. La Présidente laisse entendre dans toutes les réunions du Conseil d’Administration de l’entreprise qu’il était nécessaire d’établir une certaine parité entre le prix pratiqués dans le marché interne et celui appliqué à l’international. « N’importe quelle grande société qui produit en quantité importante espère vendre à un meilleur prix », a-t-elle dit.

Cela a réanimé le débat entre le Ministère des Mines et de l’Energie et celui de l’Intérieur. « Le réajustement est nécessaire » a affirmé Edson Lobão, Ministre des Mines et de l’Energie. Guido Mantega qui préside le Conseil de Petrobras a affirmé « qu’il n’y a avait pas de nouvelles perspectives à l’horizon, pour de nouveaux réajustements ». Tout au long du gouvernement du PT, une des stratégies utilisée pour maintenir les prix sous contrôle sans trop affecter l’entreprise consistait à modifier la taxe sur les combustibles. En particulier le pourcentage de l’impôt de la Cide (Contribution d’Intervention du Domaine Economique), a été réduit à zéro, le 22 Juin. Avec ça Petrobras récolte plus de reais pour chaque litre de combustible vendu qu’auparavant, et elle n’affecte pas le porte monnaie des consommateurs. Ce sont ces arguments-ci que Mantega utilise pour défendre son point de vue. Sans compter bien sûr, sur la crainte qu’un réajustement contamine les indices d’inflation, sur le même modèle que la répercussion des prix des combustibles sur le reste de l’économie.

Tout porte à croire que Dilma Roussef arbitrera le débat. Au final, avec le besoin de respecter les conditions du plan d’investissement, de 236,5 Mds USD sur la période 2012-2016, Petrobras ne peut pas se permettre de perdre de l’argent. Avec une telle somme, Graça a l’intention de porter Petrobras à un autre niveau. Son arme principal est l’exploration des réservoirs situés dans la région du pré-sal, qui devrait presque doubler les réserves brésiliennes, passant de 15,7 Mds à 31 Mds de barils de pétrole, d’ici à fin 2020.

La production de 2,1 Ms de b/j permet déjà de garantir l’autosuffisance du pays. Mais pour atteindre l’objectif prévu de la fin de la décennie, la présidente aura besoin de résoudre certains problèmes. Avec ou sans augmentation de la production, rien ne laisse présager que la consommation de pétrole va ralentir. L’intensification de l’utilisation de ressources renouvelables, comme l’éthanol, n’est pas du ressort de l’entreprise. Comme par exemple le manque de nouvelles usines pour répondre à la demande croissante d’éthanol.

L’augmentation de la capacité de raffinage de pétrole est également mise au rebut. Ainsi les raffineries en construction, l’unité d’Abreu et Lima, à Recife et le Polo Petroquímico de Rio de Janeiro (Comperj) ont été désignés pour travailler avec le nafta, le diesel et le kérosène d’aviation. De nos jours, ces deux derniers pèsent lourd dans la balance des importations de l’entreprise. « Quand nous avons programmé ces projets, le scénario que nous avons répandu était celui de la croissance de la production et de la demande pour l’éthanol » a affirmé Graça. « A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas tout changer ».

Défis:
Ce sont dans ces moments là que les analystes relèvent les défis les plus importants de la première femme à la tête de la plus grande entreprise du pays. Le rapport signé par Sequeira et distribué aux clients de la Deutsche Bank, souligne deux risques structurels pour l’entreprise. Le premier d’entre eux est la capacité de Petrobras à construire dans les délais, avec un coût compétitif, ces raffineries. La plus problématique d’entre elles, est celle de Recife. La semaine dernière le chantier s’est transformé en un véritable champ de bataille. L’altercation est partie du conflit entre les employés et les policiers, qui s’est soldé par l’incendie de plusieurs bus. Ils critiquent vigoureusement l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations salariales. Malgré cela, l’entreprise garantit que les travaux devraient être terminés d’ici à fin 2014, pour la somme de 20,1 Mds USD, neuf fois supérieur au budget prévu à l’origine.
« La crainte est que le même problème se passe avec le Comperj » affirme Sequeira. « La localisation de ces travaux correspond plus à une volonté politique qu’économique ». Avec les raffineries, l’entreprise pourra augmenter sa capacité de traitement de pétrole de 3,4 Ms de b/j.

Le thème de la transparence de la formation des prix et d’autres politiques de Petrobras est vu comme un élément délicat dans la relation entre les actionnaires et la direction de l’entreprise pétrolière. La transparence est plus présente depuis 2010, lorsque Petrobras a réalisé la captation historique de 120,4 Mds de reais à Bovespa, la plus importante captation jamais faite au monde. « Chaque fois que le degré de transparence d’une entreprise augmente, la confiance reprend, et les incertitudes diminuent », a expliqué Carlos Eduardo Lessa Brandão, conseiller d’affaires de l’Institut Brésilien de Gouvernance Corporative (IBGC). « Ca vaut pour n’importe quelle entreprise, qu’elle soit publique ou privée ». Cette préoccupation de marché provient du rendement insatisfaisant des actions de Petrobras. Elles sont entrées dans une trajectoire dégressive. C’est exactement ceci que Graça avec son style franc et direct essaie d’inverser.

L’autre question qui préoccupe le marché est l’exigence d’obtenir un contenu national élevé, au minimum de 60%, qui dépendra des équipements et du type de services contractés. La concentration de commandes des rigs de forage et plateformes de Petrobras dans peu d’entreprises locales préoccupe les investisseurs. « Il s’agit d’un non-sens d’un point de vue stratégique » a expliqué Rozenbaum, de Brasdesco Corretora. Graça a répliqué : « Il faut produire ici même sous nos yeux ». « Cela permet d’augmenter la compétitivité de l’entreprise, puisque nous parvenons mieux à gérer les coûts, sans perdre en qualité. » Mais elle reconnaît les difficultés persistantes. « La construction de la plateforme de production P-55 est en retard de 22 mois. » Cependant, les analystes se montrent optimistes quant à la situation future de l’entreprise, spécialement dû à la posture de sa présidente. « Avoir une gestionnaire avec un profil technique et de manageur est important, d’autant que maintenant Petrobras est entrée dans un cycle de grands investissements », affirme Rozenbaum, qui accorde sa confiance à la Présidente de Petrobras.

Source : Isto é dinheiro
Traduction : Noémie Alcaraz
Révision : Michel Curletto
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