Profil de Graça Foster : 6 mois à la tête de Petrobras

Quinze jours après avoir assumé la présidence de l’entreprise la plus grande du Brésil et la cinquième plus importante au monde dans le domaine de l’énergie, Maria das Graças Foster, 58 ans, a organisé une réunion avec son rival, pour résoudre un des plus grands conflits de l’entreprise de ces dernières années : le retard de la livraison des commandes faite au Chantier Atlântico Sul (EAS).

L’adresse, un hôtel à Recife, le rival, le président de Transpetro, Sergio Machado. A partir de là, ils partiront pour le chantier naval et joueront cartes sur table: ou bien les directeurs – les constructeurs Camargo Corrêa et Queiroz Galvão – résolvent les problèmes ou bien la commande des 22 navires sera annulée.

Non seulement EAS a du retard dans les livraisons, et il a également perdu son partenariat technologique avec Samsung, après des désaccords avec les contrôleurs. Sans lui, il ne pouvait pas livrer les commandes à partir du 6ème navire.

Après la visite de Graça Foster –comme elle préfère être appelée – tout a été résolu. Le chantier naval a reçu une amande, a livré le premier bateau, João Cândido, et le groupe japonais IHI (Ishikawajima-Harima Heavy Industries) est devenu partenaire pour les commandes de la filiale Transpetro.

Elle a alors commencé à imposer sa marque : suivre tout ce qui se passe dans l’entreprise et laver les erreurs de la gestion antérieure.
Les e-mails envoyés aux fonctionnaires à 3h du matin, habituels les premiers temps de la gouvernance Foster, se sont faits mois fréquents ces derniers mois. Mais les appels aux conseillers les plus proches avant 6h du matin et le week-end font partie de la routine. Chez Petrobras la réponse est unanime : on n’y a jamais autant travaillé que depuis la Présidence Foster.

UNE JOURNEE DE 48H
La présidente dit souvent à ses conseillers qu’elle voudrait des jours de 48h – dont quatre heures pour dormir et quatre autres destinées aux loisirs – explicitant ainsi ses priorités.

Discrète, on connaît peu de choses sur sa vie personnelle. Nous savons qu’elle est mariée, qu’elle a deux fils et une petite fille. La charge de travail, qui était déjà importante quand elle était directrice de Gaz et Energie, a augmenté, laissant peu de temps pour les footings le long de la mer et les week-end à Búzios (Littoral nord de Rio). Mais elle réussit encore à aller à l’église.

Les réunions du Conseil qui avaient auparavant lieu le jeudi ont désormais lieu le lundi également. Les directeurs sont épuisés d’autant que Graça réclame des rapports actualisés de tous les projets en cours. Certains ont besoin de se rendre sur les chantiers le week end pour arriver à la réunion avec une parfaite connaissance du sujet.

“Ce sont six années en six mois”, exagère un employé, se référant au “nettoyage” commencé par Graça le 13 février et qui n’a pas encore pris fin.
Il n’exagère peut être pas tant que ça. Graça arrive tous les jours à 7h et part au minimum à 22h ; elle a imposé un nouveau rythme chez Petrobras !
Les rares fois où elle parvient à sortir plus tôt du travail elle dit “je vais tenter de faire une petite marche aujourd’hui”.

24H DE MALAISE
Durant sa première interview en tant que présidente, Graça a affirmé : « Ici personne ne travaille dans le confort. Le confort est un terme interdit entre nous. Ici c’est un environnement de malaise 365 par an, et 24 heures par jour » a-t-elle répondu aux journalistes perplexes d’avoir demandé si la situation était
« confortable » à la vue des prix pratiqués par l’entreprise. Ni même les fournisseurs de Petrobras n’échappent au martinet de la présidente.

Graça a exigé la présence des présidents d’une entreprise française et d’une autre asiatique, après deux accidents de travail graves. Un des dirigeants était à Paris et est venu au Brésil pour se faire réprimander.

Graça a instauré dans l’entreprise un programme d’accident et de fuite zéro et dès qu’elle peut elle répète : “On m’a déjà dit que la fuite zéro n’existe pas, mais moi c’est ce que je veux”.

Graça a changé presque tous les dirigeants des domaines les plus critiques – rien que pour le département des relations avec les investisseurs, 4 dirigeants ont été remplacés – et elle a exigé, en plus d’un investissement total, une vraie passion du travail.

“Elle change celui qui s’est trop habitué au poste, le remplace par celui qui veut vraiment travailler et replace le premier dans un endroit où il puisse être encore plus productif » explique un employé qui, comme beaucoup de ceux qui sont dans les petits papiers de la présidente, approuve sa gestion, mais ne souhaite pas révéler son identité.

Un des grands changements – en plus de la mutation de tous les directeurs, à l’exception du directeur financier, Almir Barbassa – a été réalisé dans le domaine du sponsoring, qui pendant des années était sous le contrôle exclusif du directeur de Communication Institutionnelle, Wilson Santarosa.

Le département a été divisé entre l’ex-président de Petrobras et celui du PT José Eduardo Dutra, actuel directeur corporatif. Santarosa maintient son pouvoir sur les sponsorings culturels et sportifs ; Dutra à l’heure actuelle s’occupe des projets sociaux et environnementaux.

La présidente s’est entourée de « directeurs de luxe », les anciens cadres sont répartis selon leurs compétences et leur affinité avec Graça.
Ils sont plus faciles à manager que ceux de Gabrielli, a indiqué l’employé, se référant à la gestion antérieure, dont les directeurs avaient été indiqués par les politiques et étaient plus indépendants.

A l’opposé de l’équipe de Gabrielli, qui répondait, sans consulter au préalable le président, aux médias sur des sujets en rapport avec leur domaine, aucun des directeurs actuels n’est autorisé à donner une interview seul. De même, lors des rencontres avec le marché ou la presse, ils préfèrent rester silencieux.
La même “loi du silence” s’applique aux présidents des filiales.

Que ce soit le président de Transpetro, Sergio Machado, ou celui des Réseaux de Distribution, José Lima de Andrade Neto, réputés pour parler avec les journalistes, ils évitent désormais toute interview, spécialement quand Graça est présente. Quand ses employés prennent la parole, très souvent elle ne peut s’empêcher de compléter leurs réponses.

Lors de la présentation du Business Plan pour les analystes de New York, la présidente a interrompu le Directeur d’Approvisionnement, José Carlos Consenza, quand il répondait sur le sujet des nouvelles raffineries Premium qui seront construites. “Si nous dépensons autant pour les nouvelles raffineries que ce que nous avons dépensé pour l’Abreu et Lima…” a-t-il commencé. Il faisait référence aux raffineries de Pernambouco qui ont pris du retard et qui vont coûter neuf fois plus chères que ce qui était prévu à l’origine. Graça l’a interrompu : « Bien sûr que non, nous n’allons pas répéter les erreurs que nous avons commises à Abreu et Lima »

Les collaborateurs n’échappent pas aux observations de la présidente, lorsqu’un rapport ne lui convient pas et qu’elle corrige tout au stylo rouge.

RECUL POLITIQUE
Quand la politique entre en jeu, Graça Foster est obligé d’être plus flexible.
Après avoir critiqué ouvertement la gestion de Gabrielli en présentant un Business Plan qu’elle estimait « plus réaliste » que les précédents et avoir dit que les raffineries annoncées par le président Lula étaient en cours d’analyse, elle a été appelée à Brasilia. « Elle est arrivée très sure d’elle, mais a rapidement dû faire profil bas » a expliqué un membre du gouvernement fédéral qui a accompagné le tollé provoqué par les déclarations de Graça sur la gestion de Gabrielli.
« Elle est allée trop loin et même la présidente Dilma le pense ». Les déclarations qui ont le plus gêné sont celles critiquant la gestion antérieure.
“Lors de nos huit derniers Business Plans nous n’avons pas respecté nos objectifs de production alors que pour chaque plan nous avons diminué les quantités de pétrole à produire”. “Il faut tirer des enseignements du cas de la raffinerie d’Abreu et Lima, pour que les mêmes erreurs ne se reproduisent plus”
Graça a tenu le même discours à New York, mais de façon un peu moins virulente. Au retour de son Voyage elle a du se rendre à Brasilia pour apaiser les tensions provoquées par ses déclarations.
Assise face au Ministre des Mines et de l’Energie, Edison Lobão (PMDB-MA) elle a écouté ses “recommandations”. Il lui a conseillé de rendre visite au Gouverneur du Maranhão, Roseana Sarney, pour garantir que la raffinerie serait bien construite dans cet Etat.

Ensuite elle a reçu le Gouverneur du Ceará, Cid Gomes, afin de confirmer l’autre raffinerie promise par Lula, et celui de Rio, Sérgio Cabral qui était certain de la fin du Comperj (Complexe Pétrochimique de Rio de Janeiro).

La présidente a accepté de diviser l’espace avec l’ex président Gabrielli lors d’une interview à Bahia, après le baptême de la plateforme de production P-59, avec la présence de Dilma – qui lui aurait conseillé de faire son mea culpa.

Lors de l’interview, Graça a dit qu’elle avait participé à toutes les réunions concernant les anciens plans et également à celles concernant l’approbation du projet Abreu et Lima. « Avant d’être présidente de Petrobras, j’ai été directrice pendant quatre ans et demi. Plusieurs fois on a ouvert le débat et je n’ai jamais voté contre les projets. Je suis donc moi aussi responsable pour tout ce qui a été mal fait, et tous les projets qui n’ont pas aboutis. »

DEFICIT RECORD
Il semblerait que la Présidente se soit attirée les bonnes grâces du marché des capitaux, qui approuve son style de « nettoyeuse ».
Même après avoir enregistré le premier déficit depuis 13 ans, (il est d’1,3 Mds de Reais), les actions de Petrobras ont repris une fois l’annonce de Graça faite sur la lute pour la parité des prix des dérivés vendus par l’entreprise sur le marché international.
Dans le même temps la Présidente se montre plus soucieuse de son apparence depuis quelques temps. Elle s’est coupée les cheveux pour leur donner plus de volume et a adopté un style vestimentaire plus fantaisiste. « Elle est plus féminine, s’habille bien, utilise des broches et a désépaissi ses cheveux » a observé une proche.

UNIFORMES
Comme elle se rend souvent à Brasilia, elle s’est achetée des tailleurs avec jupes pour respecter le protocole qui l’oblige à s’accorder à la Présidente Dilma. Elle achète toujours la veste, le pantalon et la jupe assortis, mais elle se laisse aller à plus de fantaisie avec des chemises colorées.
Mais dès qu’elle doit se maquiller, elle se montre impatiente. Elle n’aime pas ça, elle trouve que c’est une perte de temps.

Surnommée « petite Dilma » à cause de sa ressemblance vestimentaire avec la Présidente de la République, Graça a tenté de commencer sa gestion en détendant l’atmosphère.
Ainsi, lors de la première réunion avec les membres de la direction et les présidents des filiales, dont le nom de beaucoup d’entre eux commençait par Joseph (José en Portugais), elle n’a pas pu s’empêcher de dire : “Ça fait beaucoup de Joseph pour une seule Maria !”

Source : Estadão de São Paulo
Traduction : Noémie Alcaraz
Révision : Michel Curletto
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