Les nouveaux concurrents du gaz brésilien

La demande refoulée, les incertitudes sur l’offre du Pré-sal et l’entrée sur le marché de nouveaux producteurs de GNL comme l’Afrique et les Etats-Unis font que le Brésil a de moins en moins le profil du pays exportateur de gaz.

Le « buzz » autour des réserves en gaz du Pré-sal a entraîné la rumeur selon laquelle le Brésil allait devenir en peu de temps un exportateur de gaz naturel. Cette attente a gagné en intensité lorsqu’en 2009 Petrobras a eu la prétention de lancer le premier FLNG au monde. Aujourd’hui, l’optimisme ambiant est retombé et le Brésil voit maintenant l’Afrique et l’Amérique du Nord gagner du terrain. Les incertitudes demeurent quant à la disponibilité réelle de gaz dans le pré-sal. Les réserves ne seraient pas suffisantes pour satisfaire le marché interne, avide d’énergie.

Dans le cas du FLNG, par exemple, le cabinet Wood Mackenzie augure la mise à l’eau du navire brésilien pour 2022. Initialement, Petrobras et les partenaires du projet (BG, Repsol et Galp) ont projeté le lancement du FLNG pour 2015. Sachant que le Projet a été partiellement abandonné par la compagnie pétrolière, cette échéance est déjà dépassée. Ce retard pourrait signifier, pour le Brésil, perdre des avantages compétitifs, en considérant la grand quantité de projets de liquéfaction de gaz à travers le monde. Dans un scénario qui intégrerait une offre excédentaire de gaz naturel, les pays capables de garantir des contrats sur le long terme à de prix compétitifs prendront la tête.

«Il y a plus de projets proposés que de demande pour GNL projeté d’ici à 2020. Le marché ne comportera pas tous ces projets. Les projets qui auront un avenir ne seront ceux proposant une fléxibilité et des coûts compétitifs » , explique Ieda Gomes, consultant chez Energix Strategy.

États-Unis et l’Australie en bref

La concurrence est rude, puisqu’il y a actuellement sept projets de liquéfaction de gaz aux Etats Unis en attente d’une licence d’exportation par la Federal Energy Regulatory Commission (FERC). Toujours selon l’agence américaine, il y a potentiellement sept autres usines de liquéfaction en Amérique du Nord, dont trois au Canada, qui ont perdu un marché important à cause du gaz de schiste aux États-Unis.

De par sa situation géographique, les Etats-Unis peuvent exporter leur gaz vers l’Europe à partir la côte est et vers l’Asie, via la cote ouest. Cependant, il y a encore des incertitudes sur le prix du GNL américain et sa compétitivité sur le marché international.

L’Australie devrait prendre la place du Qatar comme plus grand producteur de GNL au monde d’ici à 2017 atteignant une capacité de 80 mtpa. L’Australie veut aussi conquérir le marché asiatique. Malgré le coût élevé, des projets australiens dont la production se situe entre 14 et 52 mtpa sont déjà en cours de construction et des contrats auraient déjà été signés.

L’Est de l’Afrique entre en jeu

En ce qui concerne les marchés pétroliers émergents, les pays d’Afrique de l’Est se font remarquer. Poussés par une intensive campagne d’exploration – boosté par les nombreux rounds de concession ces dernières années – la Tanzanie et le Mozambique ont des réserves prouvées qui flirtent avec les 100 TCF. Anadarko et ENI ont déjà exprimé leur intention de construire des terminaux de GNL au Mozambique, tandis que BG et Ophir compte implanter usine de liquéfaction en Tanzanie.
La proximité qu’ont ces pays avec l’Europe et l’Asie et la présence de gaz non associé sont des avantages indéniables, bien que les coûts de production soient encore inconnus. «Dans un projet de gaz associé, cette production est dirigée par celle de pétrole. Les acheteurs sont maintenant à la recherche d’une plus grande souplesse dans l’approvisionnement « , a déclaré Ieda Gomes.

Pour le consultant, Marco Tavares, de Gas Energy, le Brésil ne devrait pas s’inquiéter avec l’émergence de ces nouveaux acteurs sur la scène internationale. «Là où il n’existe pas de marché interne, comme en Afrique, le GNL devient une grande opportunité de développement. Pourtant le Brésil possède un énorme marché potentiel encore inexploité. Ainsi, la stratégie brésilienne d’exportation est discutable », soutient-il.

Source : Brasil Energia
Interprétation: Médéric de la Houssaye
Révision : Michel Curletto

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